Bordeaux 2018 - les livrables

Bordeaux 2018 : les livrables confirment avec brio les louanges des primeurs

Bordeaux 2018 – Les livrables

En parcourant ce billet, vous visualiserez le fruit d’un travail de fond qui a occupé yvesbeck.wine entre novembre et décembre 2020. L’objectif n’est point de décrire le plus grand nombre possible de vins, même si le magazine « Bordeaux livrables 2018 » en totalise plus de 1000 !

La motivation est de vous présenter les nombreuses réalités du terrain. Du Vin de France au Grand Cru Classé, du petit vigneron peu connu jusqu’aux propriétés les plus célèbres qui jouissent d’une réputation internationale. Tous font du Bordeaux… et maintenant que le « Bordeaux bashing » est « has been » il est temps de partager ces moments d’émotions avec les amateurs de bons vins 😉

Les Primeurs, ça fonctionne quand-même sacrément bien !

Dégustation des Bordeaux 2018 en primeurs chez Ulysse Cazabone

lors de la présentation UGCB des Bordeaux 2018 au Dolder Grand à Zurich, le niveau réjouissants des vins, déjà souligné durant les dégustation primeurs, a été confirmé avec brio !

De ce fait, je me permets un petit clin d’œil aux éternels détracteurs des campagnes primeurs : c’est quand-même bien efficace ! J’espère que ce système unique au monde continuera de réjouir les acheteurs, consommateurs, journalistes. Il nous permet de faire un travail de fond, d’entretenir le contact avec les régisseurs et propriétaires des domaines vinicoles.

7 x 100/100

Chaque vin noté 100/100 est la conséquence d’un cumul de réflexions et d’émotions. Il ne m’est pas possible de donner la note maximale sans être ému, sans être convaincu ; il n’y a pas de place pour le doute. Ne perdons néanmoins pas de vue qu’une note est éphémère, qu’elle est le résultat d’un instant T.

Il n’est certes pas normal d’octroyer 7 fois la note 100 ! Mais, je n’ai jamais prétendu l’être et 2018 est un grand millésime. Pas aussi homogène que 2016 avec toutefois de très grands vins à la clé. Aucun de ces 7 vins est un 1er Grand Cru Classé respectivement 1er Grand Cru Classé « A ». Je n’ai pas fait exprès, promis !


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Bordeaux 2018 : millésime de paradoxes

Les Bordeaux 2018 sont dignes de nombreuses qualifications… on peut donc parler d’un millésime de synonymes. « Jouant » quotidiennement avec les mots, j’ai trouvé cette dénomination tout à fait adaptée. Tous les adjectifs imaginables ont été utilisés ; entre grand, moyen, exceptionnel, hétérogène, tout y a passé.

Je me suis décidé pour le terme « paradoxal ». Afin de bien souligner les caractéristiques de l’année 2018, j’ai cherché les synonymes de « paradoxal » et voici ce que j’ai trouvé :

Synonymes de « paradoxe »

Bizarre, inconcevable, incroyable, extraordinaire, contradictoire, inouï, invraisemblable, opposé, pharamineux. Ces quelques mots résument parfaitement le niveau des Bordeaux 2018.

Millésime de souffrances également, car la vigne a souffert, les vignerons ont souffert, toutes catégories confondues. Que ce soit le mildiou, le black rot et autres maladies qui se sont attaquées à la vigne, ce fut éreintant. Aucun vigneron ne m’a dit que tout c’est bien passé en 2018.

Cabernet Sauvignon à maturité

Dégustation de Pontet-Canet 2018 avec Alfred Tesseron

C’est bien connu : lorsque le Cabernet Sauvignon arrive à parfaite maturité, il peut aider à produire de très grands vins. D’ailleurs, les appellations de St-Estèphe, Médoc, St-Julien ou Pauillac le démontrent brillamment en 2018.

Pomerol et St-Emilion ont également produit de très grands vins. Je relève l’exceptionnelle qualité des Cabernets Francs ; cela m’a frappé sur plusieurs propriétés.

Encore une fois j’aimerais souligner la grandeur de Fronsac : quelle régularité et quelle qualité. Je ne manquerai pas de mentionner le beau tir groupé de Lalande-de-Pomerol où j’ai rarement vu autant d’homogénéité.

C’est bien là que Bordeaux 2018 est intéressant ; il y a de grands vins partout.

Que ce soit à Margaux, Pessac-Léognan, Haut-Médoc, Montagne St-Emilion, Bourg, Castillon, Francs, Listrac ou Moulis. J’ai dégusté des vins bons à très grands, partout ! Et des moins bons… partout aussi !


L’histoire du millésime

Hiver doux suivi d’un printemps humide

L’hiver annonçait déjà la couleur avec un mois de janvier certes très peu ensoleillé. Ce fut le plus gris avec janvier 2004, depuis 1991. Néanmoins, ce fut aussi un des plus chauds des cent dernières années !

Février, lui, était plutôt sec et froid avec 16 jours de gelées et un épisode neigeux les 6 et 7. Ensuite, les incessantes pluies ont particulièrement compliqué la situation et ont suscité beaucoup d’inquiétudes.

Ces pluies ont également rendu les travaux à la vigne plus ardus, les sols gorgés d’eau étant difficilement praticables. Ainsi, en plus du travail acharné des vignerons, il faut mentionner l’engagement des tractoristes. Ces derniers, avec leurs véhicules, sont indispensables pour combattre des maladies telles que le mildiou.

« C’est un millésime complexe, déstabilisant, puisqu’il a mal commencé, avec beaucoup de pluie » souligne Baptiste Guinaudeau de Lafleur (Pomerol).

Avril contrasté, mois de mai et juin particulièrement pluvieux favorisant le développement du mildiou

Le gonflement des premiers bourgeons était observé autour du 10 avril, environ 10 à 12 jours plus tard qu’en 2017. Alors que début avril était froid, des températures estivales sont enregistrées du 17 au 24 atteignant 25°C certains jours !

Dans ces conditions, les stades phénologiques évoluent rapidement. Alors que le débourrement était plutôt tardif, la situation semblait s’équilibrer et le millésime rentrait dans une phase proche de la moyenne. On compte environ onze jours de pluie en avril 2018, mais avec beaucoup de variations entre les différentes appellations.

Ces précipitations se sont déroulées au début et à la fin du mois, souvent sous formes d’averses ou d’orages. Ces conditions étaient très favorables au développement végétatif. À la fin du mois, trois semaines après le débourrement, les premières grappes étaient visibles.

C’était néanmoins sans compter avec le mois de mai. Celui-ci débutait comme avril : frais, voire même froid avec 2.4°C enregistrés le matin du 1er mai à St-Emilion. Le développement végétatif était ainsi temporairement ralenti.

Ensuite, les températures sont remontées avec des chaleurs estivales entre le 17 et le 24 mai. Ce mois s’est également caractérisé par de fortes précipitations avec 70mm à St-Emilion entre le 24 et le 29 et 100mm dans le Sud-est de l’Entre-deux-mers.

Le 26 mai, un orage de grêle s’abattait sur Blaye, Bourg, une partie du Médoc et l’Entre-deux-mers. 2 500ha de l’appellation Bourg ont été touchés, dont 1 000 avec plus de 80% de pertes.

Floraison

Les premières fleurs sont apparues fin mai, dans des conditions thermiques satisfaisantes. La floraison s’est déroulée normalement sur une dizaine de jours, sans coulures, malgré un épisode pluvieux entre le 6 et le 7 juin.

Après la pluie : la grêle s’apprête à faire vibrer les vignes tandis que 22 personnes s’apprêtent à faire vibrer la planète

Après ce début de saison compliqué, tout devait drastiquement changer à partir du 15 juillet 2018. Ainsi, l’été et la sécheresse (ce qui n’a pas rendu la situation moins compliquée) se sont installés durablement. Toutefois, avant cela, la météo a fait des caprices. Jean-Philippe Delmas, Directeur Général Délégué du Domaine Clarence Dillon, le résume parfaitement dans sa présentation de Bordeaux 2018 :

« Samedi 15 juillet, il est 17h00. Le viticulteur scrute le ciel, anxieux, les nuages pleurent (ndlr : grêle dans la région des Graves) et 22 personnes s’apprêtent à faire vibrer la planète. A 18h45 l’équipe de France est championne du monde pour la deuxième fois de son histoire. Dehors, la pluie a cessé ! L’année 2018, grâce à l’été le plus chaud et sec connu après 1990 et 2016, a le potentiel et l’ambition de devenir un très grand millésime. »

Sébastien Vergne, Directeur technique du Château Margaux, souligne que

« l’année 2018 a été la plus chaude depuis le début du 20ème siècle, dépassant la température moyenne annuelle de 1,4°C sur le plan national ».

Les 10 premiers jours du mois d’août ont été 4°C supérieurs aux moyennes trentenaires.

Sécheresse marquante

Baptiste Guinaudeau n’a pas manqué de me faire remarquer que ce ne sont ni la pluie et ni la chaleur qui sont marquantes, mais bien la sécheresse.

« Une fois que les pluies étaient terminées, il y a eu une évaporation énorme. Il s’en est suivi une contrainte hydrique proche des records de 2010, 2015 ou 2016. Malgré la pluie, on peut considérer que le millésime 2018 est de type sec. »

L’été exceptionnellement sec à partir de mi-juillet a permis de réduire la pression mildiou et d’assurer la maturation des raisins.

Avant de passer à mi-juillet, il faut parler des 15 premiers jours de ce mois où la situation fut très compliquée. Il y a eu de nombreuses précipitations, avec des variations importantes d’une région à l’autre. Par exemple, 40mm dans le nord du Médoc et près de 100mm dans le Sauternais.

Ces conditions humides et chaudes ont entretenu une pression mildiou considérable et la croissance végétative demeurait très active. C’est peut-être là que tout s’est joué. La condition pour un millésime rouge parfait, à savoir un climat sans précipitation après la nouaison, n’est pas remplie.

Heureusement, les conditions météorologiques ont radicalement changé dès la mi-juillet, laissant place à un été chaud et sec, particulièrement favorable à une maturation lente.

Véraison

Les premiers changements de couleur ont été observés vers fin juillet. A l’exception des vignobles grêlés, la véraison a été rapide et homogène. Elle s’est terminée autour du 15 août.

Conditions déterminant un millésime parfait de bordeaux rouge

      • Floraison et nouaison relativement rapides et homogènes sous un climat assez chaud et pas trop arrosé. Ceci assure une bonne fécondation et prédispose à une maturité homogène.
      • Contrainte hydrique s’établissant progressivement grâce à un mois de juillet chaud et sec. Cette contrainte provoque le ralentissement puis l’arrêt de la croissance de la vigne au plus tard pendant la véraison.
      • Maturation complète des différents cépages grâce à des mois d’août et septembre suffisamment secs mais sans chaleurs excessives.
      • Beau temps, moyennement chaud et faiblement arrosé pendant les vendanges. Il permet d’attendre la maturité optimum de chaque parcelle sans redouter la dilution, la pourriture, ou la perte d’arômes fruités.

Ces conditions n’ont pas tout été remplies en 2018, mais le résultat n’en est pas moins convaincant. Comme je l’écrivais en préambule, Bordeaux 2018 est un millésime qui oscille entre bon et grand, avec quelques vins exceptionnels. Il y a de quoi se réjouir !


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Remerciements

Ce rapport a été rédigé grâce aux précieuses informations de l’Institut des sciences de la vigne et du vin de l’université de Bordeaux.

Je tiens à remercier l’UGCB et toute l’équipe de Dynamic Groups pour l’organisation irréprochable de la dégustation Bordeaux 2018 à Zürich. Au vu des circonstances actuelles, d’importantes mesure d’hygiène ont été appliquées avec professionnalisme et sérénité. Merci également au personnel accueillant, compétent et très serviable de l’Hôtel Dolder Grand.

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